LES BORNES CISTERCIENNES AUTOUR DES ORMES

Une des traces les plus anciennes de l'histoire communale est celle des bornes cisterciennes qui délimitent en fait la commune de Saint-Aubin (le territoire de l'ancien monastère), et dont certains éléments nous sont donc communs. La disposition de ces bornes a permis de retrouver bon nombre d'entre elles puisqu'elles sont numérotées et qu'une croix gravée permet de suivre la séquence. Deux sont facilement repérables : l'une sur le bord de la départementale 154 qui va de Raloy à Frauville et l'autre dans le champ de la route du Roncemay, juste avant le poulailler Duc.
Ces bornes ont longtemps été attribuées aux Templiers, jalonnant, disait-on, la route vers Jérusalem, mais cette thèse a été démolie par le travail d'historien effectué sur les archives insérées au cartulaire du Chapitre de Saint-Etienne de Sens et du Monastère cistercien de Fontaine-Jean.

Laissons ici la parole au Père Alype Noirot dans l'intéressant article consacré à ce sujet dans le journal paroissial "7 jours" de janvier 2002 :

Saint-Aubin, paroisse du diocèse de Sens, est assis sur un plateau boisé duquel furent tirés quelques "chaumes" permettant cultures et élevages sur des terres marécageuses. Sol calcaire en surface reposant sur une assise profonde d'argile imprégnée de matières ferreuses donnant des eaux stagnantes et de petit débit en surface. Par contre, le fond de la vallée, en Est, essore par de multiples sources les terres cultivables.

Dès longtemps le plateau est habité dans les clivages de terrains fournis d'eau à maigre et peu rapide courant. L'époque gauloise autant que celle qui la précéda à l'âge de la pierre taillée (les Fleits) comme les appellations vivrières (les Meiliers) ou de défense (le buisson saint Vrain) - dont le "varin" dans sa forme primitive signifie "pourvu d'épineux très denses" et le qualificatif de "saint" est d'application gallo-romaine chrétienne, car il n'existe pas de"saint Vrain" en quelque martyrologe qui soit.

En 1140, l'ordre ancien va délibérément disparaître. L'Archevêque de Sens fait don au Chapitre cathédral qui est seigneur ecclésiastique de Saint-Aubin de la moitié des oblations (disons des revenus) collectés sur la paroisse. Entre autres de ce qui relève du seigneur laïc qui régente la partie ouest, précisément le plateau desservi par la "chapelle des Meiliers". Le fruit qui sortira de cette modification, c'est la construction de l'église paroissiale. La chapelle disparaîtra lors de la guerre de Cent Ans. L'église est alors partie de la construction du château-fort dont le donjon se dresse au côté gauche de l'abside, de plein pied avec la nef.

 

Un second évènement affecte alors la paroisse.
Il découle de la fonction cistercienne de l'Abbaye Notre-Dame de Fontaine-Jean, sur le territoire de Saint-Maurice sur Aveyron en l'année 1121. L'apanage du bien-fonds gâtinais est dans la main de la famille princière des Courtenay, inféodée dans l'aventure des Croisades. Les donations pieuses précèdent les départs. Le monastère consent donc à s'engager, sur demande du seigneur laïc, dans d'importants travaux à effectuer sur les terres domaniales. L'archevêque de Sens se trouve co-signataire de la charte engageant le Chapitre de Saint-Etienne, seigneur ecclésiastique de la paroisse de Saint-Aubin, à consentir au réaménagement confié aux moines de Fontaine-Jean. Une bulle papale d'Alexandre III en 1171 consacrera les modifications issues de ce contrat ; confirmation en sera produite en 1175.

La mise en oeuvre de l'assainissement a commencé en 1147. Les religieux s'affairent sur le plateau à purger les lieux par trop marécageux en instaurant un système d'assolement qui déploie un enchaînement de fossés reliant des étangs aménagés selon des hauteurs diverses afin que s'écoule le surcroît d'eau jusqu'au niveau du ru qui en absorbera les inconvénients dans ce courant : en fait le Vrain et l'Ouanne. Furent ainsi résorbées depuis Froville jusqu'à l'étang des Moineries, en passant par ceux des Ormes et de la forêt Gobert, de celle de Fumerault, les tourbières et les boues forestières.
Il est très probable que les bois accolés à Fourolles aient bénéficié du traitement puisqu'ils étaient lors dans la propriété des Courtenay. Occasion fut saisie de relever par bornage les limites territoriales de la paroisse.

L'Association "Culture et Tourisme" a eu la longue patience de retrouver le suivi des bornes cisterciennes selon le chiffrage et la croix permettant de reconnaître l'itinéraire suivi et l'authenticité du travail des religieux. La première (qui sera également la dernière des bornes) fut impliquée au carrefour ajustant l'actuelle route D 57 (route du Roncemay) au chemin forestier du "Buisson plaidé" et des "Vieilles Fertés". La borne n° 2 est située au terme de l'impasse de la Charonnerie.

Le long collier de pierres enserrera la paroisse en bordure de la Forêt Gobert, le petit Fumerault, le Meilier, les Flets, Fourolles, Beaurain, les Vignes, la racine, le Moulin de Ville, les Chauchies, Sur Ocre, les Epinettes, le Frillon, les Clousieaux et les bois du vieux Froville y incluant le château.

 

 

 

borne cistercienne sur la route de Raloy

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